Les Moulins de Moncontour

Moncontour, la jonction des cours d'eau de Launay et de Mauvillo (ou Monvilo) formant l'Evron (ou Evran) ainsi que la présence d'étendues d'eau (les étangs Prioux, Martin et de La Magdeleine) dans les vallées environnant la Cité permettent l'implantation de nombreux moulins hydrauliques affectés à des tâches diverses :

  • Broyage des grains (moulins bladerets ou moultaux) pour l'activité meunière ;
  • Foulage des draps (moulins à fouler ou foulons) : le tissu est foulé par deux mâs ou pilons frappant à chaque tour de roue les draps immergés. Le foulonnier met le bron ou frein qui bloque la roue, écrasant les draps que l'on démêle et sèche ensuite.
  • Tannage des peaux pour l'artisanat du cuir (moulin à tan ou à tanner) : opération destinée à rendre les peaux imputrescibles en les ponçant mécaniquement avec des écorces, de chêne et de châtaignier principalement, séchées et réduites en poudre sous les meules du moulin.

Depuis le développement économique du XVe siècle, lié à celui de l'agriculture et des techniques, la seigneurie de Moncontour comprend de nombreux moulins à eau et à vent, alimentant simultanément les fermes de la coutume, de la cohue au pain, du marché au blé et un droit sur les étalages des boulangers.
Un compte de 1469 mentionne, parmi les revenus de la seigneurie, les fermes " des trepas et passaiges " de nombreux moulins : Grands-Moulins, Gervily, Merent, Délier, au comte, à fouler et à tan. La seigneurie possède en effet le moulin à tan, le moulin à fouler proche de La Magdeleine, les Grands moulins et l'étang qui s'étend jusqu'à la prairie joignant ce moulin à fouler, les biefs longeant la place-forte au Nord, les moulins du Gast en Yffiniac et de Gervily en Plédran. Les nombreux plans réalisés sous l'Ancien Régime ainsi que les cadastres modernes révèlent leurs emplacements.

L'ancienneté et la pérennité des moulins est frappante. Les plus anciennes mentions de moulins à eau près de Moncontour concernent la restauration effectuée au tout début du XIVe siècle sur les " moulins du Pont Neuf " (leur localisation exacte est inconnue), moulins réalisés en pierre de taille et évidemment pourvus d'un bief. Les archives de Moncontour mentionnent également un moulin " Au-dessous de la Garenne ", probablement situé au Nord-Est de la ville ; peut-être s'agit-il déjà du moulin du " Pré ". Les moulins de " Boucouët " et de " Beaussaut " sont mentionnés par un acte du début du XVe siècle qui précise qu'ils existent " depuis longtemps ".
Le moulin du " Pré ", ou " de La Magdeleine ", est un moulin à fouler les draps, équipé d'une seule roue. Il est visible sur des documents datant de 1666 et 1762. Sa roue apparaît encore sur le cadastre de 1808. Il existe encore aujourd'hui ; il a conservé son bief et surtout son mécanisme, pourvu de foulons, ce qui en fait l'un des plus intéressants.

Le moulin Martin, situé sur l'étang Martin, est un moulin à tan. Il est mentionné en 1579 et figure sur la représentation de Moncontour en 1698. Il possède encore sa roue sur les cadastres de 1808 et 1842. Le recensement de 1846 donne Jean-Marie Corlay comme meunier à l'Etang-Martin.


Le plus grand de tous les moulins de la région de Moncontour est incontestablement " les Grands Moulins ", situé à cheval sur Trédaniel et Hénon. Ce gigantesque moulin à bleds est représenté sur un document de 1666, d'après lequel il posséderait alors trois roues ; il en possède quatre sur le cadastre de 1808 et trois sur celui de 1842, mais les documents iconographiques ne disposent que d'un crédit relatif. Il existe encore aujourd'hui, transformé en habitation.

Enfin, situés sur Moncontour, les moulins de la paroisse Saint-Michel : un moulin à fouler, un moulin à tan, deux moulins à " bleds " (céréales). Ils se composent de plusieurs petits édifices d'une roue chacun, étagés au pied de l'église de Saint-Michel. Ils sont deux sur une représentation de Moncontour en 1698, trois sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle), quatre sur les cadastres de 1808-1809 ; sur le cadastre de 1842, le premier est agrandi pour posséder deux roues alors que le second semble avoir perdu la sienne. Le bief, restauré en 1762, constituerait le plus long bief de toute la région de Moncontour.
La mutation économique et commerciale imposée en Bretagne par les troubles de la fin du XVIIIe siècle et la suppression des banalités (dans la France du Moyen Age et de l'Ancien Régime : servitude consistant dans l'usage obligatoire et public d'un bien appartenant au seigneur), en 1790, modifie considérablement l'organisation meunière, et la plupart des moulins sont progressivement abandonnés au cours du XIXe siècle.

Extrait de "Moncontour, histoire et archéologie d'une place-forte de Penthièvre" - Bertrand L'HOTELLIER

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Cette page a été mise à jour le Vendredi 13 Mai 2011
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